Exceptionnellement vulnérable, la Suisse ?

Quelle vulnérabilité de la Suisse en cas d’accident nucléaire majeur sur son territoire ? Une comparaison internationale.

Trois plumes

La question de la vulnérabilité de la Suisse et des Suisses en cas d’accident nucléaire majeur a été peu étudiée en compa- raison internationale. Dans la perspective du débat au Parlement sur la transition énergétique et sur la votation sur l’initiative populaire Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire, l’association Sortir du nucléaire a commandé au signataire de cet article un rapport sur la question. Il s’agit de comparer la vulnérabilité de trente pays à un accident nucléaire majeur sur leur territoire et d’estimer le montant des dégâts en Suisse sur les plans sociaux et économiques. Plus précisément, quels seraient l’impact et la vulnérabilité de la Suisse en comparaison internationale en cas d’accident majeur (aspect stratégique) et combien un accident de ce type coûterait-il aux Suisses ?

La création d’une zone d’exclusion de trente kilomètres autour d’une centrale ayant subit un accident majeur, comme à Fukushima, n’aura pas le même effet si elle a lieu dans une zone peu peuplée appartenant à un grand pays ou si cette zone touche le poumon économique d’un petit pays. Dans le second cas, la situation est infiniment plus difficile pour l’ensemble de la population. La valeur morale de la population touchée est la même dans un grand ou un petit pays et leurs populations ont un droit identique à être protégées. Mais le risque stratégique pour la cohésion du pays diffère suivant l’ampleur des intérêts impactés.

Pour mener à bien cette étude, il faut standardiser les critères de comparaison. C’est ce qui a été fait et a permis de constater, dans l’hypothèse d’un accident nucléaire majeur et d’une zone d’exclusion de 30 kilomètres autour d’une centrale, que la perte de territoire placerait la Suisse au quatrième rang des pays détenant des centrales nucléaires en activité. Seules la Slovénie, l’Arménie et la Belgique seraient dans une situation plus critique sous cet angle là. Pour aller plus loin, il faut regarder centrale par centrale et identifier l’importance des intérêts socio-économiques qui se trouvent proches d’elles. Vu les données à disposition, la façon la plus rapide et efficace consiste à s’intéresser aux agglomérations urbaines en les classant, dans chaque pays, en regard de la taille de la population de la ville la plus importante du pays. Il est envisageable de donner un rang aux intérêts socio-économiques proches des centrales en fonction des caractéristiques du pays qui les abrite.

Parmi les pays les plus petits ayant des centrales nucléaires, la Suisse maintient en activité des centrales nucléaires particulièrement proches de plusieurs agglomérations d’importance capitale. Vu cette localisation et la taille du pays, un accident majeur dans l’une des trois centrales les plus exposées de ce point de vue là, aurait un impact sur la Suisse plus important que partout ailleurs (excepté en Arménie). Sous cet angle, la Suisse paraît beaucoup plus vulnérable en cas d’accident nucléaire majeur que la Slovaquie, la Belgique, la Slovénie, les Pays-Bas, la Belgique, La Corée du Sud, la République Tchèque, la Hongrie, la Finlande, le Royaume Uni, le Japon, l’Allemagne, la France... Et cela, avant même de s’intéresser au régime des vents capables de disperser les éléments radioactifs sur le territoire.

Il convient encore de terminer la série et les résultats ne sont pas définitifs, mais il y a déjà des raisons de s’interroger sur une certaine candeur de la Suisse et des Suisses. Un accident nucléaire majeur pourrait créer une perte de valeur considérable à chacun d’eux, en engendrant des coûts tels que le pays serait condamné à devenir un des pays les plus pauvres d’Europe. Il se pourrait que la Suisse soit le seul pays à avoir autant à perdre et, avec elle, ses habitants. Un résultat en attente de confirmation toutefois.

Frédéric-Paul Piguet, Responsable
enseignement et projets Institut Biosphère (GE)